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Un jeune champion de cesta punta (pelote basque) dispute les
derniers matchs de sa saison. S'il gagne, il partira jouer
chez les professionnels en Floride. C'est sa seule motivation,
jusqu'à sa rencontre avec une jolie thésarde
parisienne venue étudier la culture basque
Lokarri
mélange donc la comédie sentimentale moderne,
avec dans le rôle principal Stéphane Rideau,
bien identifié à ce registre grâce au
films de Téchiné, et le suspens sportif autour
de la cesta punta, dont les matchs s'avèrent spectaculaires
et simples à suivre. Le tournage a duré quatre
semaines en février 2000, mobilisant les plus grands
champions de cesta punta pour les trois grandes scènes
de match du film. Lubomir Bakchev signe la photo, Eléonore
Gosset et Nicolas Abraham interprètent les rôles
principaux aux côtés de Stéphane Rideau.
Des coproductions transfrontalières
Lokarri est coproduit par Atlan Films (Jean-Pierre Grasset)
à Saint-Jean-de-Luz et Alcedo PC à San Sebastian.
Son financement est aussi régional que son intrigue.
Son devis annonçait un budget de 0,5 M€ et il
a concrètement été tourné avec
le soutien de sociétés comme Papaye à
Toulouse (à laquelle bien des productions indépendantes
sont redevables) et des subventions de collectivités
territoriales : ainsi, une aide du conseil régional
d'Aquitaine pour 30K€ (200KF), mais aussi et surtout
une subvention de 0,14M€ (0,9MF) du Fonds Interreg. Ce
fonds européen de développement régional)
à Bruxelles, vise à soutenir "la cohésion
économique et sociale dans l'Union européenne
grâce à la coopération transfrontalière".
L'activité d'Interreg concerne d'habitude des domaines
comme les équipements, les services, le tourisme ou
la formation. C'est Aquitaine Image Cinéma, l'association
qui uvre pour le conseil régional d'Aquitaine
dans l'audiovisuel, qui a su mobiliser le fonds sur le film.
" Notre mission de développement du secteur de
l'image en Aquitaine, explique Nicole de Pretto, directrice
d'Aquitaine Images Cinéma, inclut une mission de conseil
aux producteurs. L'intervention d'Interreg répond à
des critères purement économiques de retombées
de part et d'autre des Pyrénées. Lokarri est
le seul long tourné dans notre région à
avoir bénéficié du fonds, puisque le
seul dont le producteur délégué était
basé en Aquitaine."
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Un cinéma de territoire
La prodution de Lokarri a souffert du décès
de son réalisateur et producteur Jean-Pierre Grasset
(Atlan Films) en fin de postprodution, puis de celui de son
coproducteur espagnol. Reprise par Stéphane Sansonetti,
Atlan Films a finalement confié la distribution de
Lokarri à MC4, société lyonnaise de sous-distribution,
qui travaille surtout dans les petites villes dans le Sud-Est.
"De par le sujet du film, nous avons préféré
le tester avec une petite sortie sur deux copies à
Bayonne et à Saint-Jean de Luz " souligne Arnaud
de Gardebosc chez MC4. La société avait déjà
mené une expérience semblable en distribuant
pour Gaumont dans les stations des Alpes une version cinéma
du téléfilm Premier de cordée (2x90'),
d'après le livre de Frison-Roche connu par tous les
montagnards. Avec cinq copies, le film avait dépassé
les 10 000 entrées, "de quoi pousser la carrière
vidéo ", note Arnaud de Gardebosc. Pour Lokarri,
Stéphane Sansonetti prévoit aussi une sortie
limitée au Pays Basque espagnol.
Par son intrigue comme par son économie, Lokarri est
exemplaire d'un cinéma à très petit budget
tirant ses logiques économiques et humaines de son
ancrage géographique. En 2001, quarante et un long
métrages agrées par le CNC, soit presque un
quart du total, annonçaient des devis inférieurs
à 1M€. Seul un tiers d'entre eux bénéficiait
de pré-achats télé. Beaucoup de ces films
doivent, comme Lokarri, leur existence aux logiques de solidarité
locales (gratuité, participations) et aux aides des
diverses collectivités territoriales, souvent un levier
décisif. Manque pour le moment à ce cinéma
de territoire un élément clef : une visibilité
à l'échelle des régions qui le portent.
En effet, il souffre de l'absence de diffuseurs télé
régionaux qui pourraient montrer les films et s'associer
à la promotion de leur sortie vidéo. Si les
stations décentralisées de France 3 ou les futures
antennes régionales que promet la TNT achetaient et
diffusaient ces films quand ils apparaissent dans leur zone
de couverture, les forces qui les font naître s'en trouveraient
galvanisées. Et nul doute que les conseils régionaux
seraient plus fortement motivés pour soutenir la production
cinéma en général.
FRANCK PRIOT
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